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École Breguet: Vercors étudiant

Jean Bruller à l'École Breguet (devenue ESIEE Paris): 1921-1923

Après avoir fait toute sa scolarité à l'École Alsacienne dont je parle dans cet article, le jeune Jean Bruller obtint son baccalauréat dans la série mathématiques en 1920, à l'âge de 18 ans. Comme il voulait se diriger vers la recherche scientifique, il tenta le concours de Supélec. Malheureusement, il échoua. Supélec - École supérieure d'électricité fondée en 1894 - était une prestigieuse école d'ingénieurs. C'est pourquoi, en 1921, il intégra l'École Breguet, école théorique et pratique d’électricité et de mécanique, pour devenir cadre technique intermédiaire dans l'électricité.

Créée en 1904, elle est une école privée laïque, fondée pour répondre aux besoins de l'industrie électrique en pleine expansion. Son projet est avant tout technique et professionnel : former des ingénieurs et des techniciens en électrotechnique et en électricité. Dans cet article en ligne, on apprend que « Entre les ouvriers-techniciens et les ingénieurs-directeurs d'usines ou chefs de département dans les grandes sociétés, il manque un niveau d'encadrement technique moyen qui répond aux entreprises de la région parisienne. C'est pour satisfaire cette demande latente des compagnies que vont se créer les quatre écoles parisiennes de mécanique et d'électricité. Comme ni les autorités académiques, ni les collectivités locales ne semblent vouloir s'investir dans  ce type de démarches, la création de ces établissements se fera  de façon strictement privée ».

Cette école fondée « sans grand moyen » avec des « débuts modestes ». reçut le nom d'un éminent savant Louis-François Clément Breguet (1804-1883). Le nom Breguet est associé à une famille d'origine neuchâteloise. Le fondateur de la dynastie horlogère, Abraham-Louis Breguet, était issu d'un milieu réformé de Neuchâtel, et plusieurs membres de cette famille sont répertoriés dans des ouvrages consacrés aux protestants français. Cela concerne toutefois la famille Breguet, qui a donné son nom à l'école, et non les trois pédagogues qui l'ont fondée. Nous n'irons donc pas jusqu'à dire que Jean Bruller choisit cette école en fonction de ce critère, comme je l'avais suggéré pour l'École Alsacienne et le Collège Cévenol dans cet article.

Les étudiants pouvaient intégrer l'École Breguet sans concours. L'administration vérifiait le dossier scolaire de chaque étudiant qu'elle recrutait. Elle dispensait un cours normal de deux ans ouvert aux bacheliers. La discipline et les exigences étaient très strictes: en 1908, 35% d'étudiants furent recalés au diplôme. En 1921, le taux avoisinait encore les 24% d'échec à l'obtention du diplôme et on constatait 16% de redoublement entre la 1ère et la 2e année de scolarité.

Jean Bruller entra dans cette école en 1921, dans une période charnière pour l'École Breguet. En juillet 1919, la Loi Astier sur l'organisation de l'enseignement technique fut votée. Un an plus tard, cet enseignement technique fut transféré à l'Instruction publique, alors qu'auparavant elle était sous la houlette du ministre du Commerce et de l'Industrie. L'École Breguet resta privée, mais gagna progressivement une reconnaissance institutionnelle et elle  renforça ses liens avec l'industrie. Cette école privée fut reconnue par l'État en 1922, ce qui constitua une garantie de qualité mais ne modifia pas son statut privé (Informations pris dans cet article en ligne et dans le Bulletin de la Société historique et archéologique du XVe arrondissement de Paris, n°54, automne 2019).

Jean Bruller obtint son diplôme d’ingénieur de l’École Breguet en 1923, avec une médaille de bronze. Mais il n'exerça jamais le métier d'ingénieur comme l'on sait. Toutefois il bénéficia de ce réseau pour deux de ses projets de dessinateur:

  • En 1926, Jean Bruller illustra Frisemouche fait de l'auto pour le compte de l'entreprise Citroën. J'en ai déjà parlé à cette page. Peut-être son ami Paul Silva-Coronel intervint-il en sa faveur ou lui fit-il part du projet de Citroën afin que le jeune dessinateur se positionne sur le projet. Rappelons, pour comprendre cette hypothèse, que Paul Silva-Coronel, né en 1901, fit sa scolarité à l'École Alsacienne, où il se lia d'amitié avec Jean Bruller. Il entra ensuite à l'École Breguet et obtint son diplôme d'ingénieur en 1923, la même année que Bruller. Il fut ensuite embauché chez Citroën, où il travailla sur des prototypes d'automobiles. 
  • En 1937, Jean Bruller illustra le récit Commanditaires de Paul Reboux, pour le Livre d'Art du Gala du Commerce et de l'Industrie. L'ouvrage accompagnait une soirée au Théâtre des Champs Elysées le 10 juin 1937, proposée par Sacha Guitry, aux frais de grandes sociétés industrielles et au profit de la caisse de secours des Hautes Etudes commerciales. Peut-être, là encore, Jean Bruller put-il bénéficier de son ancien réseau de l'École Breguet et de son réseau artistique. J'en parle à cette page.

Dans ses mémoires, Vercors mentionna son parcours scolaire, mais il ne fit jamais allusion à ses deux années à l'École Breguet. Celle-ci ne se situait pas loin de la demeure des Bruller dans Paris. Elle logea dans des bâtiments rue Falguière, dans le XVe arrondissement, jusqu'en 1987, date à laquelle l'établissement déménagea à Marne-la-Vallée. D'ailleurs, un bar, aujourd'hui définitivement fermé, nommé Le Breguet, garde la trace historique de cette localisation. C'est donc cette façade ci-dessous que Jean Bruller vit pendant ses deux années de scolarité dans cet établissement:

L'École Breguet fut rachetée en 1960 par la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris pour devenir l'E.S.I.E.E.

L'hommage de l'ESIEE à Vercors

En 2024 l'ESIEE a fêté ses 120 années d'existence, comme la page de l'école le stipule. Elle inaugura « l'espace Vercors », un espace moderne d'une surface de 695 m² propice au travail collaboratif avec des livres disponibles en consultation sur place. Quel plus bel hommage pérenne ne pouvait-on faire à Vercors!

Dès 2022, le nom de Vercors avait déjà été pressenti comme le montre cet article qui espérait que l'ESIEE fasse ce choix si cohérent. l'ESIEE rejoint donc la ville de Villiers-sur-Morin qui lui rendit hommage en 1998  avec la pose officielle de trois plaques et une cérémonie. À cette occasion, la Bibliothèque de Saint-Germain-sur-Morin distante de 4km fut baptisée du pseudonyme de l'écrivain. Plus généralement, j'évoque à cette page tous les hommages que l'on a fait à Vercors (villes, monuments, établissements, etc.).

 

Article mis en ligne le 1er octobre 2026